120921-VIVRESOUSCLOCHE Part-1
“Vivre, ce n’était pas rester assise dans mon jardin, amorphe dans la touffeur et l’oisiveté, à écrire ou ne-pas-écrire paresseusement, selon mes envies.
Mais c’était au contraire une course folle, dans un emploi du temps surchargé, à l’intérieur d’une cage d’écureuil remplie de gens affairés.
Travailler, vivre, danser, rêver, parler ou embrasser, chanter ou rire, apprendre.
La responsabilité, la terrible responsabilité de gérer des journées de douze heures pendant dix semaines est plutôt écrasante lorsqu’il n’y a rien n’y personne pour introduire une routine précise dans ce grand espace de temps sans clôture.
C’est comme soulever la cloche qui protège une communauté fonctionnant selon un mécanisme rassurant, réglé comme une horloge, et voir tous les petits personnages affairés s’arrêter, suffoquer, exploser et flotter du fait de l’entrée en masse (ou plutôt de la sortie) d’une atmosphère programmée pour être raréfiée – pauvres petits personnages affolés, battant l’air insoucieux de leurs bras impuissants.
Voilà ce qu’on éprouve lorsqu’on est privé de sa routine. (…)
C’est ce que je ressens. Que faire ? Vers où se tourner ?
Où sont mes liens et mes racines, quand je suis ainsi en suspens dans l’air étrange et étrange de ce retour à la maison ?”
Sylvia Plath